Julien Rodanet, le rochefortais qui défia la Suisse
Rochefort-sur-Mer, le plus bel arsenal du royaume, surnommé « le Versailles de la Mer » par le Roi-Soleil, est marqué par l'épouvantable naufrage de la frégate la Méduse. C'est également dans cette ville que se tient, en 1817, son retentissant procès. Il suscite dans la mémoire locale, puis universelle de l'époque, une grande frayeur. Le jeune Julien Hilaire Rodanet prend conscience de la quête de précision des chronomètres pour sauver des vies en mer.
Les aptitudes remarquables que Julien manifeste dès son enfance pour l'horlogerie engagent ses parents à le mettre en apprentissage chez Augustin Merceron (1781-1854), chronométrier à Angoulême et ancien élève de Breguet. Étonné par son habileté, il le recommande à cette grande Maison.
Julien Hilaire, alors âgé de seize ans, part à Paris pour travailler avec Louis Breguet (1804-1883) où il y fait la rencontre du chronométrier réputé Joseph Thaddeus Winnerl (1799-1886) en 1829 tout juste arrivé en France. Ils se lient d'amitié et décident de quitter la Manufacture dirigée par le petit-fils d'Abraham Louis Breguet qui s'oriente davantage vers le développement du télégraphe électrique. Winnerl veut se consacrer aux innovations horlogères comme celle de son invention en 1831 du premier mécanisme de chronographe à rattrapante tout en améliorant la précision des chronomètres si nécessaires à cette époque.
Fondation d'une école
Ainsi, Julien acquiert une solide expérience pour lui permettre de créer une fabrique en 1836 puis une école d'horlogerie en 1839 à Rochefort-sur-Mer, une école utile pour la marine et le progrès de l'industrie horlogère française.
Philanthrope et Pédagogue
La pensée philanthropique qui guide Julien Rodanet dans cette fondation est digne des plus grands éloges. Julien cherche dans les campagnes des enfants abandonnés et végétant misérablement, il les recueille dans sa maison transformée en école pour leur assurer une honnête subsistance et un métier honorable dans la société en les formant à l'horlogerie de précision. Le Comte Dumas, le Baron Séguier, le maire Eugène Roy-Bry, les autorités municipales, départementales et la société savante de Rochefort-sur-Mer louent les mérites de son enseignement.
Récompenses et Reconnaissance
Il s'en suit de nombreuses inventions, succès et récompenses aux Expositions Universelles et nationales, notamment en 1844 à Paris où ses montres sont reconnues comme supérieures à ce qu'il se fait de mieux en Suisse, ou bien encore en 1864 lorsqu'il reçoit la croix de Chevalier de la Légion d'honneur pour un chronomètre de marine.
La Société polytechnique, dans son ouvrage "Description complète de l'exposition des produits de l'industrie" (1844), consacre un passage, sous-titré École modèle d'horlogerie nationale, où elle souligne : « Si un jour son établissement se développe sur une vaste échelle, il pourra passer pour la meilleure école modèle de ce genre fondée en France. Rodanet a voulu rendre à l'horlogerie française du XVIIIe siècle son éclat primitif, celui qui a même occasionné le développement de cette industrie dans le canton de Neufchâtel ; nous ne doutons pas que cet habile praticien ne réussisse ; les objets qu'il a exposés prouvent une expérience consommée dans l'art de la mécanique, et sont les meilleurs fondements d'un établissement destiné à un bel avenir. »
En 1878, Julien H. Rodanet devance ses maîtres Breguet et Winnerl en remportant la première prime annuelle au concours du dépôt de la Marine de l'Observatoire de Paris.
Héritage Durable
Julien Hilaire Rodanet a laissé un nom inscrit dans l'histoire de l'horlogerie française. Son talent remarquable et remarqué lui permet de devenir fournisseur de la Marine de l'État et du grand-duc Constantin de Russie. Son approche visionnaire de l'enseignement horloger allait influencer la formation donnée à l'École d'Horlogerie de Paris et son engagement envers l'excellence allait façonner une dynastie qui perdurerait pendant plus d'un siècle.