Le Musée d'Horlogerie de Paris
Une Institution Majeure de l'Horlogerie
Le Musée d'Horlogerie de Paris s'inscrit dans une démarche d'excellence et de conservation du patrimoine horloger. Il a été constitué de nombreux dons de généreux horlogers réputés avec des objets datant depuis le XVe siècle.
En 1909, l'école et le musée sont achetés par la Ville de Paris. Le conseil municipal qualifie le musée d'unique au monde. Ces biens appartiennent à la Ville de Paris et ils sont considérés comme inaliénables, reconnaissant ainsi l'importance exceptionnelle de cette institution pour le patrimoine français.
« Nous avons voulu non seulement acheter votre école comme le disait, il y a un instant, M. Tournier, faisant une excellente affaire, acheter également votre bibliothèque, votre musée unique au monde, qui renferme des richesses inappréciables que l'on vous envie partout. Nous les avons achetés pour exercer notre continuelle surveillance sur ces trésors, pour les garder dans l'avenir et nous vous donnons l'assurance que la Ville de Paris conservera le précieux patrimoine que vous lui avez légué. »
– 1910, Adrien Oudin
Vice-président du conseil municipal de Paris
(Revue chronométrique)
Collections Exceptionnelles
En 1929, la Revue de l'Horlogerie-Bijouterie indique que le musée de l'École d'Horlogerie de Paris renferme 5000 volumes et 1500 pièces de collection. C'est un ensemble sans égal dans le monde. La plupart des dons sont répertoriés dans les Revues chronométriques. De plus, un inventaire officiel d'une partie de la bibliothèque a été retranscrit par l'éditeur Chaix.
La collection se compose de chronomètres de marine, de régulateurs astronomiques, de pièces d'horlogerie de toutes sortes, dont beaucoup ont un caractère absolument historique. La bibliothèque renferme non seulement tout ce qui a été publié ou écrit sur l'horlogerie depuis l'année 1400, mais encore une quantité considérable d'autographes, de livres de fabrication, de manuscrits, d'outils et de portraits des principaux horlogers célèbres du XVIIe et du XVIIIe siècle.
Léopold Reverchon (1863-1940), conservateur du Musée-Bibliothèque. Revue chronométrique, 1er octobre 1909
The Horological Review, 8 septembre 1909
Léopold Reverchon, Conservateur du Musée-Bibliothèque - Revue de l'Horlogerie-Bijouterie, 10 janvier 1929
Des dons d'horlogers réputés
Parmi les horlogers reconnus qui ont contribué à cette collection prestigieuse figurent Paul Garnier, Théodore et Louis Leroy, Edmond Jaeger, Auguste-Louis Berthoud, les frères Japy, Simon Vissière, Emile Delépine, Charles Hour, Dumas, Redier, Drocourt, Sandoz, et les Rodanet. Ces contributions reflètent l'excellence et la reconnaissance dont jouissaient ces maîtres horlogers.
Les Rodanet ont participé à ce patrimoine d'exception. Julien Hilaire Rodanet, en tant que chronométrier réputé, Auguste Hilaire Rodanet, en tant que fondateur de l'École d'Horlogerie, et Henri Rodanet, en tant que créateur d'innovations majeures, ont tous contribué à enrichir ce musée de leurs créations et de leur savoir-faire.
Mémoire et Transmission du Savoir
Ce musée permettait d'entretenir une mémoire vivante. Il servait d'inspiration, d'exemple et valorisait le patrimoine historique et culturel du savoir-faire horloger. Les élèves pouvaient enrichir leurs connaissances grâce à la documentation et à la conservation de pièces et d'ouvrages au cours des siècles.
Véhicule des progrès industriels, ce musée montrait l'évolution de l'horlogerie, résultats de travaux de tous les siècles. Auguste Hilaire Rodanet, Président fondateur de l'École d'Horlogerie de Paris, soulignait en 1897 : « Cette bibliothèque et ce musée essentiellement professionnels nous sont d'une grande utilité. Ils nous servent non seulement pour l'enseignement de l'histoire de l'horlogerie, mais encore pour faire connaître à nos jeunes élèves les progrès successifs qui ont été réalisés depuis des siècles dans la construction des instruments servant à la mesure du temps. »
« J’ai vu le musée dans lequel vous avez réuni des objets si curieux et si rares, la bibliothèque dans laquelle vous conservez des collections et des ouvrages d’un prix inestimable, vos ateliers où, d’étage en étage, on suit la méthode d’éducation avec laquelle vous formez vos élèves, cette série d’études par lesquelles ils passent, depuis le moment où ils ignorent les premiers éléments des arts du métal jusqu’à celui où ils parviennent à exécuter ce qu’on appelait autrefois le chef-d’Å“uvre, c’est-à-dire la montre admirable dont la parfaite exécution couronne tous leurs efforts. »
– 1903, Georges Trouillot
Ministre du Commerce et de l'Industrie
L’Horlogerie Française, un Héritage Fragilisé
Le contenu de ce musée représente des biens culturels avec un intérêt majeur au point de vue de l'histoire de l'horlogerie et de son art. Ils font partie du patrimoine horloger français. Il est étonnant que Paris, bien qu'elle abrite plus de 200 musées, ne possède plus de musée consacré uniquement à l'horlogerie malgré l’héritage considérable laissé par de nombreux maîtres horlogers réputés et installés dans la capitale.
C'est à Paris que les premières montres-bracelets ont été inventées et créées, innovation dont le monde a par la suite tiré profit. Malgré cette importance historique, le Musée d'Horlogerie de Paris, fondé en 1880 et reconnu en 1909 comme le plus important établissement de ce genre de France et de l'étranger, n'a pas été élevé au statut de musée international de l'horlogerie – privilège accordé au Musée International de l'Horlogerie (MIH) inauguré en Suisse en 1974.
Il convient également de rappeler que l’horlogerie de précision a évolué durant plusieurs siècles grâce à des pays comme la France, l’Angleterre, la Hollande … qui disposaient d’une puissance navale, car la précision du temps était essentielle pour la navigation en mer et pour sauver des vies. Les gouvernements ont remis de substantielles récompenses aux meilleurs chronométriers.
La réputation de l’horlogerie française a été atteinte puisqu’un tel musée sur les savoir-faire français aurait contribué à donner une image d’excellence à l’horlogerie française. En 2023, le journal Les Echos indique : « En France, 2 % seulement des montres vendues sont fabriquées sur le territoire national ». Le bilan est lourd, la production horlogère est devenue quasiment inexistante alors qu’elle avait une tradition horlogère d’exception que d’autres pays ont su défendre jusqu’à aujourd’hui.
« C’est avec un grand intérêt, j’en suis certain, que vous auriez visité notre musée et notre bibliothèque, dont la création remonte à 1880. Je vous aurais présenté nos collections très importantes d’outils, de chronomètres de marine, de régulateurs astronomiques, de pièces d’horlogerie de toutes sortes, dont beaucoup ont un caractère absolument historique. Vous auriez constaté que nous possédons dans notre bibliothèque non seulement tout ce qui a été publié ou écrit sur l’horlogerie depuis l’année 1400, mais encore une quantité considérable d’autographes, de livres de fabrication, de manuscrits, d’outils et de portraits des principaux horlogers célèbres du XVIIe et du XVIIIe siècle.»
– 1905, Auguste Rodanet
À l'attention de Fernand Dubief, député, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des Télégraphes
Aura-t-on bientôt l’accès à ce prestigieux patrimoine ?
Après de longues recherches, il ressort de cette enquête horlogère une disparition hors norme de 4830 livres et de 1039 objets. Il est étonnant qu’aucun représentant de l’horlogerie ne s’inquiète de la disparition du Musée d’Horlogerie de Paris, véritable Trésor National.
Un document de la Chambre syndicale d’horlogerie de Paris datant de 1950 atteste qu’elle est toujours en possession de livres et d’objets. Le syndicat horloger est donc dépositaire du Musée d’Horlogerie de Paris avec son inventaire.
À peine 10% de la collection est remise au CNAM par le syndicat. Seulement 461 objets et 170 ouvrages du musée sont répertoriés dans les réserves du Conservatoire National des Arts et Métiers, par manque de place.